Mode : Les boutiques de prêt à porter ont leurs chiennes de garde
Article du 5 mars 2009 par Gwendolyn Barkson // Tag Mode, prêt à porter, ShoppingFaire les boutiques, ont le sait toutes, est un réel plaisir. Flâner, découvrir, regarder, s’extasier… Par contre, « acheter » dans les boutiques de vêtements peut l’être beaucoup moins. En effet, l’acte d’achat n’est plus considéré comme un simple acte de consommation, mais comme une véritable « expérience », qui peut s’avérer très “intéressante”. La principale raison, et celles qui vont être dans ma ligne de mire dans ce présent article : les “gardiennes de magasins”. Il n’est toutefois pas question ici de faire une généralité d’une minorité de demoiselles qui peuvent transformer notre expérience d’achat en véritable cauchemar.
Pour mieux comprendre le parcours de combattante que nous devons parfois affronter en tant que consommatrice, je vais retracer le parcours banal d’une femme rentrant dans une boutique de vêtement, jusqu’à la sortie de celle-ci, après avoir « consommé ».
Pousser la porte d’entrée d’une boutique tendance de prêt à porter est déjà une étape en soi. Attention ! Il faut être armée ! Selon la marque de vêtements de la boutique ou selon le type d’accessoires vendus, assurez-vous de plusieurs choses :
Tout d’abord il faut être bien habillée. Suis-je bête, je voulais justement acheter des vêtements neufs ! Il faudra porter les vêtements de la collection récente, bien assortir les vêtements et porter le bon accessoire.
Ensuite, il faut être de la bonne taille. Ne pas s’aventurer dans une boutique qui vend des tailles 34 au 38, lorsque l’on fait un bon 42.
Ceci sont les deux principes de bases qui vont permettront de franchir la porte sans attirer sur vous des regards surpris, voire hautain, ou même lire une certaine pitié sur le visage des vendeuses. Si vous respectez ces deux principes de bases, vous aurez franchi la première étape sans trop de dégâts émotionnels.
Pour la petite histoire (qui viendra confirmer ce principe fondamental), j’ai commis un crime dans une boutique d’une marque de chaussure (que je ne citerai pas pour ne pas faire une généralité). Véritable accro à cette marque de chaussure, je suis entrée dans l’une des boutiques de l’enseigne, en portant les escarpins préférés de la marque en question. Adorant mes chaussures, j’ai souhaité demander à la vendeuse si elle les avait encore de stock, afin que je puisse les racheter pour les porter une ou deux saisons de plus, lorsque les miennes seraient arrivées en fin de vie. La vendeuse, visiblement experte sur sa marque, me demande, après avoir analysé mes escarpins, de quelle marque il s’agit ! Il est vrai que je suis stupide, je n’ai pas précisé la marque de mes chaussures dans ma question, bien que la boutique ne vende que cette marque et que le logo est affiché en grand sur la devanture du magasin. Je rassure donc la vendeuse, en précisant que c’est bien « sa » marque qui orne mes pieds. Visiblement étonnée, elle me demande de quelle saison mes escarpins sont issus. C’est alors que « mentalement » je sors mon calendrier personnel d’achat de vêtements et chaussures, je parcours mes listings d’articles dans ma base de données, je vais directement à la colonne « chaussures », puis je regarde l’année d’achat, et sa saison. Armée de mes connaissances précises de la collection en question, je réponds d’un ton assuré à la vendeuse : « je ne sais pas ».
La vendeuse, d’un air assez dédaigneux me répond qu’elle n’a jamais vu ce modèle de sa vie, et que visiblement il s’agirait d’une collection très ancienne. Il est vrai que j’avais oublié que j’avais récupéré cette paire d’un héritage de mon arrière grand-mère, alors que je croyais me souvenir les avoir achetés il y a à peine un an. Je suis donc ressortie bredouille de la boutique, en ayant la sensation d’avoir commis un acte de lèse-majesté. Sur le chemin de retour vers la maison, j’ai donc fais mon mea culpa au saint patron des escarpins tendances de la marque.
Pour revenir à notre histoire de base, une fois passé la porte d’entrée, il faut à présent trouver un article qui vous plaise. Pas de problème, c’est la partie facile. Equipée de quelques articles, dirigez-vous vers les cabines d’essayage. Il fut un temps béni où il suffisait de trouver une cabine libre, et tout simplement essayer tous les vêtements que vous aviez envie d’essayer.
Aujourd’hui, ce n’est plus un acte banal. C’est également devenu « une expérience ».
Vous allez tout d’abord être confrontée à la « videuse » de la zone « cabine d’essayage ». Equipée de badge, généralement très occupée et stressée par l’implication cérébrale que requiert l’acte de pendre les vêtements non achetés sur les cintres, la très chère demoiselle vous demandera tout d’abord « combien ? ». Pour les initiées, la question complète est « combien d’article souhaitez-vous essayer ? » Et là, la peur au ventre, vous annoncez le chiffre d’une voix tremblante comme si vous passiez la soutenance de votre Master en Economie devant le grand jury, en espérant que vous allez annoncer le bon chiffre et que vous serz autorisée à essayer la totalité des vêtements sélectionnés précédemment en rayon.
Si par malheur vous avez un article au-dessus du maximum autorisé, il va falloir faire le difficile choix d’abandonner l’un de vos vêtements à la videuse, pour pouvoir venir le rechercher une fois que vous aurez essayé les autres articles, et après avoir réduit le nombre de vêtements à essayer. Attention ! Il faut savoir que certaines boutiques pratiquent également la quantité minimum : j’ai fait l’expérience d’oser vouloir essayer que deux articles, alors qu’il fallait emporter au minimum trois vêtements. Mais peu importe, la vendeuse m’a collé un vêtement au hasard dans les bras, afin que je sois « en règle » et que je puisse franchir l’étape du contrôle-sécurité. Ce vêtement, sorti de nulle part, a donc eu la grande chance de pouvoir être transporté par mes soins jusqu’à la cabine, ne pas être essayé, et ensuite être remis à la même vendeuse, qui visiblement est habituée à ce genre de procédé.
Une fois la quantité acceptée, la gardienne vous donnera une plaquette en plastique ornée du chiffre magique, au cas où, durant les cinq minutes d’essayage, votre cerveau d’écureuil vous abandonnerait, et que vous seriez victime d’une crise d’amnésie en oubliant le nombre d’articles que vous avez emporté dans la zone rouge. Une fois dans la cabine, vous pourrez souffler un bon coup, car vous aurez réussi à franchir deux des trois étapes fondamentales.
Ceci m’amène à vous parler de la troisième et dernière étape : passer à la caisse. Etape obligatoire pour repartir avec votre vêtement, il ne faut pas espérer que cela se passe toujours bien. En effet dans certains cas, il faudra vous armer de patience car selon l’enseigne, vous aller devoir affronter la file d’attente. Alignée comme des fourmis obéissantes, il faudra attendre son tour bien gentiment. Pourtant, certaines vendeuses sont bien organisées. Elles sont parfois à trois derrière le comptoir. Ouf, me direz-vous, cela va aller vite. Mais ne soyez pas naïves ! Passer à la caisse, est devenu aussi, « une expérience ». Elles sont trois certes, mais pas pour trois caisses, mais dédiées à l’accueil de chaque cliente, une à une ! Il y en aura une pour enregistrer votre achat dans la sainte caisse enregistreuse, qui demandera une quantité d’informations sur l’article enregistré, mais aussi sur votre vie : code postale, éventuellement votre adresse complète, votre nom, votre date de naissance…Pendant le temps de l’interrogatoire, la deuxième demoiselle a le rôle de plier votre vêtement et de le placer délicatement dans un sac en plastique. En général la troisième est là pour faire la discussion aux deux autres, et pour raconter sa dernière sortie en boîte de nuit, ou sa dernière dispute avec son Dandy, pour ainsi, en faire profiter chaque cliente.
Une fois que vous aurez répondu à toutes les questions et que vous aurez « enfin » payé, vous pourrez ressortir de la boutique un peu plus légère : vous aurez perdu un peu d’argent, un peu de dignité et certainement quelques kilos en moins. Heureuse de cette « expérience », vous planifierez déjà, dans votre tête, la prochaine date à laquelle vous aurez la grande joie de refaire les boutiques, et de revivre un véritable expérience…

